Mon niveau A3
Vendredi soir s’est terminée ma semaine de stage intensif de langue des signes. Une semaine. 6 heures par jour. J’avais un peu peur au début, tellement de choses à retenir en si peu de temps… Avec Jane nous étions les deux seules de notre groupe à s’être inscrites. Nous avons donc fait connaissance avec 15 autres personnes. Toutes des filles, sympas les filles, mais un ou deux garçons ça aurait été bien quand même…
Lundi matin tout le monde s’est présenté (bien gentiment comme on avait appris^^) en utilisant la dactylologie. L’occasion de s’entraîner, car même si je n’ai pas de difficultés à épeler mon nom ou ceux des autres, quand il s’agit de comprendre la personne en face c’est toujours plus difficile à suivre. On changeait régulièrement de prof, l’occasion pour Jane et moi de voir comment les cours se déroulent avec Vincent. La première fois qu’on est allées au bar LSF, on nous avait dit que pauvre de nous Lilian est sévère et que Vincent est plus indulgent. Personnellement j’aime bien les deux. Il a fallu un temps d’adaptation, vu que Vincent tolère la prise de notes et qu’on parle un peu entre nous, alors que l’autre pas du tout (c’est vrai que quand on prend des notes on ne regarde plus le prof, donc on a plus de mal à suivre). Habituée depuis deux semestres à être interrompue par un « ssshhhh!! » de Lilian dès que j’utilise la langue orale, au début j’étais un peu surprise (limite agacée) d’entendre les autres filles parler. Et puis, comme Janick, je me suis faite au changement. Chacun d’eux a ses méthodes et selon celui qu’on avait on adaptait notre comportement. Avec tout de même une impression de retrouver notre élément naturel quand on retournait dans la classe très silencieuse de Lilian…
Mardi et Mercredi mis à part les thèmes tels que les objets de la cuisine ou la description de la voiture (je me suis fait refiler la description du moteur, alors que même en langue orale je suis incapable de dire où est quoi
), on a attaqué la localisation. Où se trouvent les maisons dans une rue, où se trouvent les pièces dans une maison, où se trouvent les meubles dans une pièce… Selon si le bras est plus ou moins tendu, l’objet est plus ou moins loin. Logique. Là où ça se complique c’est qu’il ne faut pas oublier d’inverser. À chaque fois que Vincent nous signait un emplacement il fallait penser « Bon moi je vois gauche mais pour lui c’est à droite ». J’avais développé une petite technique pour faire illusion. Je regardais les mains des autres filles et quand venait mon tour, je donnais ma réponse comme une évidence (je suis pas sûre que Vincent y ait beaucoup cru…).
Jeudi on aborde les descriptions d’animaux, déjà vues dans notre groupe de A2 (Jane a proposé à Lilian qu’on aille boire un café en les laissant travailler). L’avantage dans ce genre de cas, c’est qu’on se sent très intelligente, vu qu’on sait déjà. L’inconvénient c’est que le prof aussi part du principe qu’on sait tout. Il nous pointait avec sa grande baguette de prof, en faisant les gros yeux quand on hésitait (ouh ça fait peur
). A un moment il a demandé à Jane de faire le cours à sa place, elle s’en est bien sortie^^.
A midi, petit pique-nique sur la pelouse
accompagné de plein de bonbons. Le matin, les profs nous avaient demandé de trouver une histoire à raconter au groupe pour le vendredi après-midi, nous avons donc fait un petit concours de blagues carambar dans l’espoir de trouver des idées. Perdu d’avance, soit elles étaient nazes, soit les jeux de mots étaient intransposables en langue des signes (« L’animal le plus pressé ? Le lapin, parce que lapin d’trucs à faire »… comment ça c’est pas drôle ?…).
Après avoir terminé le cours sur un petit jeu d’expression corporelle (où Janick nous a fait une interprétation très artistique du stylo bic), nous décidons d’aller à la plage. Une rapide baignade suivie d’une séance de révisions sur le sable. Pendant 1h, Jane m’a décrit sa maison de rêve, avec 3 étages, un beau jardin, sur un terrain où coule un long fleuve tranquille (on se refuse rien…) sans oublier de m’épeler les noms hors du commun de ses 4 enfants. Un homme nous regardait sans trop oser nous regarder. C’est vrai que ça devait être bizarre, on signait pour décrire la maison donc forcément c’est différent d’une discussion ordinaire en LSF (d’ailleurs on est loin d’en être encore là…), Jane s’est retournée pour le saluer, mais il est parti assez vite avec sur le visage un air de : « oh merde j’me suis fait repérer ! »
Vendredi après un trajet imprévu bus+tram, j’arrive au cours avec 20 minutes de retard, à peu près au moment où Vincent explique la différence entre le français signé et la langue des signes. Avec un exemple simple comme « J’habite à Montpellier », auquel il ajoutait un mot à chaque fois, il nous a dit qu’il nous fallait penser en trois dimensions et pas de façon linéaire, car l’ordre des mots propre au français ne convient pas à la LSF. Quand on lui a dit avoir compris, il a rallongé encore un peu plus son exemple : « J’habite à 500m à l’Est d’un petit village à 33km au Nord de Montpellier » (oui alors attends, laisse-moi 5 minutes pour réfléchir là
) A noter que le signe qui désigne le français signé était souvent accompagné d’une mimique faciale et d’un geste qui laisse comprendre en gros : français signé pas bien, LSF bien, LSF jolie… 
Toujours de la localisation (en même temps on va faire que ça pendant les 3 niveaux qui suivent alors autant s’habituer tout de suite), avec un jeu des 7 erreurs. Le but est de décrire le dessin à la copine en face jusqu’à ce qu’elle trouve une différence, on a passé 10 minutes à trouver celle qui nous manquait (putain d’oiseau planqué derrière un nuage…). Après manger, séance de grande rigolade avec les histoires, pour enfants, drôles (ou pas) ou à visée culturelle. Par groupe de 3, une qui mime l’histoire, une qui signe sans expression du visage et une autre en LSF avec expression. Ça veut plus rien dire quand on fait aucune mimique faciale, par contre on a toutes perfectionné notre mime, comme quoi ce cours décoince notre côté théâtral
Mon surnom en langue des signes me vient de ma façon de signer vite, les autres filles ne se rendaient pas vraiment compte jusque là, mais quand j’ai terminé mon histoire je crois qu’elles avaient compris…
Comme toujours on termine avec le questionnaire de satisfaction (où j’ai toujours l’impression de failloter à force de mettre oui partout) et la remise des diplômes (dit comme ça, ça a l’air très solennel mais pas du tout en fait^^). On se lève et le prof nous donne notre joli papier et puis il nous fait un petit topo sur ce qui va pas. C’est ainsi que Lilian à informé tout le monde que j’étais la reine du stress et de la crise de panique et que maintenant je gère beaucoup mieux (oui enfin intérieurement je fais pas trop la maline
mais bon on dira rien).
En bref (oui très bref) c’était une super semaine, les cours passent très vite. Même s’il y a des différences de niveaux entre les élèves on y arrive, surtout grâce à nos deux profs qui ont une patience infaillible (ou presque) et n’hésitent pas à répéter encore et encore même si dans leur tête ça doit parfois ressembler à ça
. Dans 1 mois, je commence le niveau A4 (et il y a des chances pour que je vous en fasse aussi tout un roman), d’ici là je vais essayer de ne pas tout oublier…
Au bar LSF, le débat sur l’implant cochléaire trouve toujours sa place…
Me voilà, une semaine avant la deuxième session d’exams (eh oui quand y’en a plus y’en a encore). Dernier cours de LSF le 4 juin
mais patience, encore trois semaines avant le stage intensif de juillet
. Au début du mois, une soirée bien animée au bar LSF, où pour une fois les deux profs étaient présents. Ça met une petite pression d’avoir le prof à côté, surtout qu’il est du genre pointilleux, mais comme je suis une «petite» du niveau 2, finalement c’est les « grands » qui avaient droit aux petites corrections (c’est l’heure qu’il prenne un peu ses vacances je crois…). Encore une fois, le débat a été relancé sur pour ou contre l’implant cochléaire.

Oui ça aide à l’intégration, mais c’est plus efficace quand on s’en occupe dès le plus jeune âge, et comme il s’agit quand même d’implanter une puce sous la peau d’un bébé (suivi d’une rééducation orthophonique difficile) ce n’est pas une idée très réjouissante. D’autant plus qu’un sourd implanté ne devient pas entendant par magie, c’est une amplification des sons. Les sourds ont un sentiment d’identité très fort, on parle d’«identité sourde», et pour eux un sourd implanté garde cette identité. C’est pourquoi il est important de garder un lien avec la langue des signes. Et si certains vivent bien avec l’implant (heureusement pour eux), beaucoup de sourds, fatigués par tous ces «bruits», finissent par enlever définitivement leurs appareils auditifs. Un adolescent implanté à l’âge de 14 ans s’est même suicidé parce qu’il ne pouvait pas supporter ça. Au fil du temps, je suis passée d’un avis mitigé à un avis plutôt contre. Bien sûr il y a des personnes qui vivent bien en étant implantées, seulement les parents sont souvent mal informés, il s’en tiennent au point de vue médical et n’ont aucune connaissance du monde des sourds.
Moi-même avant de commencer à m’y intéresser vraiment, j’en avais une vision «typiquement entendante». Il suffit de rencontrer quelques sourds qui pratiquent la langue des signes pour se rendre compte que ça leur suffit. Emmanuelle Laborit disait dans son livre : «Les sourds vont bien, merci». Non, ils ne sont pas malheureux et renfermés sur eux-mêmes. Oui il y a des sourds qui ont un esprit quasi sectaire, les sourds avec les sourds, il signent et ne veulent pas fréquenter d’entendants. C’est dommage, mais ils ne sont pas tous comme ça, il ne faut pas généraliser. Et en même temps il y aussi des entendants qui prennent presque la fuite quand ils se trouvent face à un sourd avec lequel ils ne peuvent pas communiquer. Récemment j’ai vu le film de Nicolas Philibert, «Le pays des sourds». Il y a une scène où un couple de sourds cherche un appartement, et l’agent immobilier a un mal fou à leur faire comprendre que le loyer et l’eau sont séparés. Il se tenait tout raide à leur répéter : «Vous payez votre consommation», alors qu’un minimum de langage gestuel aurait pu les aider, pas besoin de connaître la langue des signes pour ça !

le petit du film de N.Philibert, trop chou 
Mais le malaise d’un entendant face à un sourd est tellement ancien que la communication reste difficile, encore aujourd’hui, même si la LSF est reconnue langue officielle en France depuis 2005. Cela dit, on progresse petit à petit. Il y a quelques jours, j’ai vu dans le journal que dès la rentrée, certains établissements enseigneront la langue des signes à l’école primaire, et cette année une épreuve de LSF est inscrite au bac. Moi, j’avais des cours d’anglais en CP, parce que de nos jours tout le monde doit savoir parler un minimum anglais. Je trouve que c’est une excellente idée d’introduire la LSF au sein des écoles, car pourquoi les petits français n’apprendrait-il que l’anglais, et pas la LSF qui leur permettra de communiquer avec des personnes sourdes qu’ils rencontreront plus tard ? En plus, les enfants adorent ça, ils sont très curieux et ont envie d’apprendre, à la maison Yanis me posent beaucoup de questions (je lui ai appris à se présenter et il m’a demandé une copie de l’alphabet dactylologique
). Apprendre à nos petits entendants la langue des signes parviendra peut-être à en faire des adultes plus concernés, et aidera ainsi à lever cette barrière vieille de plusieurs siècles entre le monde des sourds et celui des entendants…
Café signé et Conférence
Période d’exams. Pas la meilleure période. Révisions et encore révisions. Cela dit, il faut savoir décrocher un peu. C’est pourquoi, ma pote Jane et moi (oui toujours elle, il faut dire qu’on est quasiment les deux seules de notre promo à ne vouloir être ni orthophoniste ni instit’), nous sommes retournées au café signé. Cette fois-ci, tout le monde était installé dehors, en cercle qu’on agrandissait pour faire place à chaque nouvel arrivant, ainsi tout le monde pouvait communiquer avec tout le monde. Nous nous sommes senties encore une fois toutes petites en voyant signer les autres, mais ce qu’il faut penser dans ces cas-là c’est qu’on ne peut que progresser… Et le moins qu’on puisse dire c’est que cette semaine a été assez centrée sur la LSF. Le café du lundi soir, le cours du mercredi (l’exercice était de nous faire deviner le prix de certains objets, ça devenait agité car tout le monde n’était pas d’accord… comment on signe « le juste prix » déjà ?
), et hier la conférence à Narbonne.

Ça fait plaisir de se retrouver dans un endroit avec tellement de gens qui partagent le même intérêt envers cette langue, pour diverses raisons. La fille de la buvette m’a même prise pour une sourde, je ne dois pas être si mauvaise que ça si que j’arrive quand même à faire illusion
. La conférence était donnée par Mr Sabria, enseignant chercheur à l’université de Rouen, et récapitulait aussi brièvement que possible l’histoire de l’évolution de la langue des signes française, les oppressions subies par les sourds et leur combat pour la reconnaissance de la LSF en tant que langue à part entière. Depuis que j’ai commencé les cours, on me demande souvent si c’est une langue internationale. Je savais déjà que non, mais le conférencier a argumenté cette réponse avec une anecdote qui illustre assez bien la différence entre les cultures sourde et entendante. Lors d’un colloque international sur la surdité, les sourds et entendants de différents pays se sont retrouvés ensemble, chacun ayant sa langue des signes et sa langue orale. Pourtant au dîner, Mr Sabria nous explique qu’il partageait la table avec un japonais et un corréen avec lesquels il lui était impossible de communiquer (aucun ne parlait anglais et les dessins de notre conférencier n’ont pas suffi à débloquer la situation^^), alors que les sourds de la table voisine s’amusaient beaucoup. La raison est que, malgré toutes les variations géographiques et culturelles, toutes les langues des signes sont basées sur une même volonté de représenter le monde. Au début du repas, les sourds avaient été confrontés au même problème de communication que les entendants, mais contrairement à eux, ils ont la possibilité de s’appuyer sur cette base commune afin d’adapter leur langue, en utilisant un vocabulaire plus imagé par exemple. Donc, non la langue des signes n’est pas internationale, mais il semble clair que deux sourds étrangers peuvent communiquer plus facilement. Le conférencier suivant a même évoqué le fait qu’ »un sourd étranger est toujours plus proche qu’un entendant du même pays », je suis entendante et je ne peux donc pas parler en connaissance de cause, mais comme toujours je pense que tout dépend de l’histoire de chacun et de la façon dont est vécue la surdité.

Cette journée était aussi l’occasion de voir des interprètes en action. Jusque là je ne savais pas trop si je voulais faire de l’interprétariat ou plutôt être interface de communication au quotidien. Durant les 3h30 de conférence, Jane et moi avions la plupart du temps les yeux rivés sur les deux interprètes, qui se passaient le relais toutes les demi-heures environ. C’était impressionnant de les voir à l’oeuvre, sans être décourageant, c’était tout de même assez effrayant, combien de temps et de travail nous faudra-t-il avant d’arriver à leur niveau ?! Après les avoir vu faire, j’avoue une envie enfantine d’aller vers l’un deux à la fin de la conférence : « Je veux être comme vous quand je serai grande ! » 
Pour commencer et terminer la journée, l’association « Artemime » de Béziers, avait organisé une petite représentation de chansons signées. De « Diego » à « Mirza » en passant par « Un monde parfait » et « L’amant de Saint Jean », sans oublier « Ose », l’hymne de l’association. On passe du rire aux larmes en deux minutes, en se surprenant au bout de deux refrains, à signer en même temps qu’elles (tant bien que mal^^). Je ne suis pas une grande fan de Yannick Noah, mais après ça j’avoue un intérêt soudain pour sa chanson, « Ose », dont la version signée m’apparaît en fermant les yeux dès que je l’écoute…
Mon signe et ma soirée LSF
La soirée de rencontre sourds-entendants, je voulais y aller depuis longtemps. Mais pas facile de se lancer quand on est au niveau 2 et que (soyons lucides) on comprend encore pas grand chose. A l’aube des examens (comme c’est joliment dit !) ma pote Jane et moi, on s’est dit que c’était le moment où jamais de tenter le coup. Maintenant qu’on a un signe on peut y aller. Pour info, mon signe (c’est à dire mon surnom en LSF) se rapporte à ma façon de signer, je vais vite et quand je m’embrouille je secoue mes mains dans tous les sens pour extérioriser le stress (ça marche pas très bien mais bon^^). D’ailleurs ça n’a pas été très facile, parce que le surnom beh c’est les autres qui vous le donnent… Donc pendant le cours, on se levait et puis tous les autres devaient dire des choses sur nous, des détails qui nous caractérisent. C’est quand même un peu angoissant, d’être là, debout, à attendre ce que les autres ont à dire… Bon alors moi en gros je suis stressée, je signe vite, je m’emmêle les pinceaux, ah oui et j’ai pris une gamelle le jour où j’ai dû mimer le tabouret… Merci les gars, j’aime la façon dont vous me voyez
Une fois le signe choisi, on passe un temps pas possible à le faire et le refaire (bah oui ça la fout mal de pas être capable de faire son propre signe).

Bref, on se pointe à la soirée LSF, un peu tard certes, mais pleines de bonne volonté et surmontant les petites voix dans nos têtes « tu vas rien piger, tu vas rien piger, tu vas rien piger… » Bon alors autant vous dire tout de suite que dans ce genre de situation on se la ramène pas ! C’est bête mais ce qu’on se demande d’abord en les regardant, c’est qui est sourd et qui est entendant. Et on comprend qu’en fait ça n’a pas d’importance. Il y a des sourds qui signent, d’autres qui oralisent et qui signent en même temps, des entendants qui signent entre eux puis qui parlent et qui signent à nouveau… Le débat est lancé quand un sourd oraliste dit qu’il ne trouve pas la LSF assez riche, tous les regards se tournent vers le prof de LSF présent qui a lui aussi son mot à dire… La langue des signes, l’oral, le mime, tous les moyens sont bons pour communiquer. Même avec notre tout petit niveau 2 on ne s’est pas senties exclues, on regardait ceux du niveau 6 avec des grands yeux admiratifs, et eux regardaient ceux du niveau 12 avec les mêmes grands yeux admiratifs (le cycle de la vie lol) On a appris des « mots », un peu de gros mots aussi (eh oui il en faut bien^^), des signes amusants (je ne me lasserai jamais de la tortue de mer
), et on est ressorties de là plus motivées que jamais. On s’est aussi rendu compte qu’on ne connaissait pas le nom de tout le monde, mais par contre on n’avait pas oublié leur signe, comme quoi la LSF c’est tellement plus simple parfois
Prochaine soirée dans un mois, ça fait loin (trop loin) ! Ma conclusion de cette première expérience, le bar LSF c’est se sentir un peu paumée mais bien se marrer quand même !
Dactylologie mon amie
C’est l’hiver, et donc la période de virus en tous genres. Le mien s’appelle « dactylologie », j’ai été frappée mercredi soir, à la sortie du cours de LSF.
J‘avoue que j’espérais qu’on y viendrait bientôt. Je connaissais déjà un peu, mais certaines lettres comme le « f » ou le « t » étaient assez difficile à distinguer. L’occasion mercredi de demander à Lilian, qui en professeur compréhensif, nous a fait et refait ces lettres en nous donnant des astuces pour bien savoir ou placer le pouce de façon à éviter les confusions. En guise d’exercice, une petite présentation de nous-même, en épelant notre nom. A-N-N-E-L-A-U-R-E. L’avantage c’est que quand j’ai commencé à me renseigner sur l’alphabet en LSF, j’ai eu le petit reflexe égocentrique d’apprendre mon nom par coeur. Là où je me suis faite remarquée (comme la semaine dernière, eh oui faut pas perdre les bonnes habitudes ^^) c’est en commençant à me présenter en signant comme une gauchère. Utiliser la main droite pour faire le geste qu’est censée faire la main gauche, et inversement (je sais pas si c’est clair mais c’est pas facile à expliquer par écrit). Quoiqu’il en soit, j’ai comme la semaine dernière eu quelques difficutés à coordonner ce que je voulais dire avec la manière dont mes mains le disaient. Mini-crise de nerfs quand Lilian me montre comment faire et que, pleine de détermination, je fais exactement l’inverse sans m’en rendre compte. Rires parmis les camarades (toujours compatissants
), mais finalement la persévérance a fini par payer, même si 4 jours plus tard je ne sais plus vraiment quelle main fait quoi… C’est possible d’être droitière avec des tendances gauchères ? Ah oui, autre moment comique, c’est quand Lilian nous a appelé en épelant nos noms. Nous, super confiants, on le regarde faire avant d’afficher rapidement un air de « Kessiladit le monsieur ? » Beh oui, apprendre la LSF c’est comme apprendre une langue étrangère, et des fois ça va vraiment trop vite ! Mais, forte de mon double « N » facilement reconnaissable j’ai su répondre au bon moment, ouf !
Mais quel rapport avec le virus me direz-vous ? Eh bien c’est simple, depuis quelques jours, je suis prise d’une envie étrange d’épeler tout ce que je vois. Jeudi avant d’aller en cours, à peu près tous les meubles de l’A-P-P-A-R-T-E-M-E-N-T y ont eu droit, puis dans l’E-S-C-A-L-I-E-R avant d’arriver à la V-O-I-T-U-R-E. Une fois garée près du F-E-U-R-O-U-G-E en arrivant à l’U-N-I-V-E-R-S-I-T-E, je monte les M-A-R-C-H-E-S où je trouve une Jane pensive à qui je confie mon inquiétude naissante à ce sujet. Elle m’avoue alors être atteinte du même virus. C’est ainsi que, nous soutenant l’une l’autre dans cette dure épreuve
nous avons mis à profit les deux heures de TD pour jouer au P-E-N-D-U en L-S-F. Le prof nous a bien jeté quelques regards perplexes mais on peut pas dire qu’on perturbait vraiment son cours, on faisait pas un bruit
En fait ce virus c’est un mal pour un bien, on va vite progresser à ce rythme-là !
Réflexions d’entendante sur le monde des sourds
Je m’interroge. L’an dernier, j’ai été confrontée comme beaucoup d’étudiants de première année au terrible dossier « projet professionnel », et mes recherches ont déviées sur les métiers en rapport avec la surdité. Réveillant une curiosité vieille de plusieurs années sur la Langue des Signes Française, ces recherches ont contribué à me faire découvrir un monde inconnu jusque là, le monde des sourds. Près d’un an et demi plus tard, après voir lu des articles, parcouru des livres et surfé sur le net, je me rend compte de la complexité, pour un débutant, de se forger sa propre opinion sur ce « monde du silence ». J’ai aussi découvert une émission excellente, « l’oeil et la main », qui contrairement à tous les points de vue des spécialistes, nous montre des personnes qui vivent bien avec leur surdité et pose des questions telles que la peur des entendants et le problème de l’implant cochléaire.
Je me souviens d’un site que j’avais utilisé pour mon dossier car il décrivait bien les différentes formes de surdité, et qui ne m’avait pas spécialement marqué par ses propos. Un an plus tard, ce site médical dont la page d’accueil s’exclame que la surdité ne devrait plus exister de nos jours parce que les sourds sont tous malheureux et souffrent atrocement, et heureusement d’ici quelques années ont pourra « éradiquer » cette terrible maladie…ce site me paraît presque dangereux. Pensez aux parents d’enfants sourds qui ont besoin d’être aidés et orientés, ils vont sur ce site pour chercher des réponses et tout ce qu’ils y trouvent, c’est que leur enfant est tout à fait anormal et sera malheureux à jamais s’il n’est pas implanté, car c’est bien ça la solution miracle.
Je constate qu’en un peu plus d’un an, je suis passée du statut d’entendante « ordinaire » considérant la surdité comme maladie (car on ne m’a jamais dit que c’était autre chose qu’une déficience qu’il fallait guérir) à celui de personne raisonnant véritablement sur les propos des médecins, propos effrayants pour certains. Je me souviens du temoignage d’une femme disant qu’à la naissance de son fils, le docteur lui a dit: « Ne vous en faites pas, on va vous le réparer et il n’y aura aucun problème ». Réparer? Réparer! C’est un nourrison, un tout petit bébé qu’il veulent « réparer »…Cette femme avait été choquée par ces propos, ce qui est compréhensible.
J’ai encore beaucoup de chemin à faire, beaucoup de travail pour apprendre la LSF, mais j’espère que le temps pourra changer les mentalités et que beaucoup d’entendants comme moi sauront surmonter les clichés pour accepter de découvrir un monde et une culture qui méritent d’être connus.
Comme elle vient
Je ne connais pas beaucoup Noir Désir mais j’ai été, comme beaucoup, charmée par ce clip en langue des signes. Je le préfère largement à « Savoir aimer » puisque Florent Pagny ne sait pas signer, il faisait en gros un boulot de perroquet, contrairement aux gens dans ce clip. Un jour viendra où je pourrai regarder ce clip sans le son et comprendre tout ce qu’ils disent
Enjoy ! ^^
L’échec n’est pas la chute elle-même, mais le fait de rester à terre
En ce qui me concerne, à chaque chute (oui puisqu’en plus d’avoir deux mains gauches j’ai aussi deux pieds gauches, c’est pas facile à vivre), je me relève dignement. Si j’aborde ce sujet aujourd’hui, c’est parce qu’en ce moment… j’ai mal au c**! La raison, la voici. Hier soir comme tous les mercredis soirs, cours de LSF dans la joie et la bonne humeur. Enfin, pas trop de bonne humeur quand même vu que j’avais déjà chopé la honte la semaine précédente (va falloir surveiller, que ça devienne pas une habitude). Donc après l’épisode de la fraise que je n’arrivais pas à mimer et qui m’a valu une bonne galère (alors qu’en fait c’est pas si difficile mais on va dire que la semaine dernière j’avais un peu de mal), c’est le tour du tabouret.

Bien entendu j’avais tout prévu pour ne pas re-choper la honte. J’me suis dit : « Je vais faire style que je m’assois sur une chaise mais en voulant m’appuyer je tombe parce qu’évidemment y’a pas de dossier ». Je m’avance donc plus ou moins confiante. Je précise quand même que la chute était censée être simulée. Ce que je n’avais pas prévu c’est mes petits talons qui n’offrent pas une très grande adhérence au sol (déjà que d’ordinaire je n’adhère pas beaucoup…). C’est bon vous visualisez la scène ? Je me penche en arrière, genre « oh non je tombeeuuuuu ! ». Ah ça pour tomber… J’ai senti le drame arriver quand mon talon droit a voulu échapper à mon contrôle. Heureusement j’étais près du mur, ce qui m’a évité une glissade-roulade-pirouette-salto arrière (oui bon j’exagère j’avoue). Je me suis retrouvée sur le c** pendant environ une demi-seconde avant de me relever et de sourire genre « J’ai fait exprès, vous avez vu comme je m’investis à fond ? ». J’en profite pour remercier les copines, Janick et Ophélie pour leur grande solidarité (qu’elles ont manifesté en se pliant de rire sur leurs chaises pendant 5 bonnes minutes). D’un côté je suis plutôt fière, c’était assez spectaculaire vu de l’extérieur paraît-il. Sur ce, Lilian a demandé qui avait laissé traîner une peau de banane, puis le prof de la salle d’à côté est entré en disant que tout le monde avait sursauté d’un seul coup et qu’il se faisait du soucis (beh ça en fait au moins un !). Ah monde cruel…
Fais-moi un signe…
…sinon je me jette par la fenêtre! Non je plaisante, je suis juste un peu beaucoup dégoûtée parce que je venais juste de finir cet article quand ma connexion a buggé. Bon pas grave, je recommence. Je vais donc vous parler de la grande nouveauté de ma rentrée, à savoir le cours de Langue des Signes Française (que je nommerai LSF par soucis de fainéantise). J’étais un peu inquiète au début, mais il s’avère en fait que le mercredi est devenu mon jour favori de la semaine. En partie parce que je n’ai pas de cours à la fac, ce qui me permet de rester chez moi à glander ou bien sortir faire les magasins au lieu de réviser, mais aussi parce que la plage horaire de 18h à 20h est réservée pour la LSF. Bon le premier cours a été assez laborieux. Pour commencer je suis arrivée en retard (merci au match de rugby grâce auquel mon trajet a été rallongé de 25 minutes, pffff c’est bien la peine de partir en avance), heureusement une bonne âme que je connais aujourd’hui sous le nom de « madame la secrétaire » m’a montré la salle où Lilian, notre prof sourd, m’a gentiment donné une chaise. S’il y a un conseil que je peux vous donner, c’est de ne pas prendre un cours de LSF en route. Bon un cours ordinaire ça passe, on s’asseoit dans un coin, on tend l’oreille et on arrive à suivre. En cours de LSF vous aurez beau tendre l’oreille vous n’aurez rien, sauf les rires des élèves quand l’un d’eux galère complètement (oui la solidarité y’a que ça de vrai). Donc oui, un peu l’impression d’arriver comme un cheveu sur la soupe. « Mais qu’est-ce qu’ils font ? » me suis-je demandée d’un air perplexe, avant de comprendre que finalement le but de la manoeuvre était de se présenter en épelant son nom (avec les mains bien sûr) devant tout le monde. Super quand on a un prénom composé. Passée la petite péridode d’adaptation, ce sont deux heures de découverte et aussi quelques moments de solitudes, enfin moins pour nous que pour Lilian dont le boulot consiste quand même à nous apprendre les signes par les signes. « Alors comment je vais leur expliquer ça ? » semblait-il penser en regardant le sol dans un moment de grande réflexion. Heureusement il y a toujours un moyen.

Le cours suivant a dévoilé les talents de dessinateur et de mimes de chacun d’entre nous. Une sorte de téléphone arabe a démontré comment « je ne me sens pas bien » peut devenir « j’ai faim », ou de quelle façon « salut, je suis stressé je vais aller fumer une cigarette » se transforme en une phrase qui n’a en fait rien à voir. C’est moi qui ait commencé la chaîne de la deuxième phrase et je peux vous dire que c’est assez surprenant de voir le résultat. Quoiqu’il en soit le bilan est très positif : une langue intéressante à découvrir, une ambiance sympa où on est tous dans le même bateau donc on ne se moque pas (enfin un peu mais très gentiment), avec en prime un prof qui n’est pas dépourvu de charme^^ Je vous le dis, si vous faites partie des gens qui sont intéressés (et qui ont l’argent) mais qui n’osent pas se lancer alors jetez vous à l’eau ! Si vous êtes timide ça vous sortira de votre petit coin. Oui parce qu’on est assis en U et tout le monde y passe. Parfois je me dis : « Ah je crois qu’il sait plus trop où il en est, avec un peu de chance… » et c’est en général à ce moment-là qu’il pointe son stylo vers moi et je sais que c’est mon tour. Même si on peut avoir peur de se tromper, au final c’est très ludique et donc agrèable. Le seul point faible, si on peut dire, c’est le silence. Du moins au début. 2h dans le silence ça ne m’arrive jamais, sauf quand je dors (et encore), donc au début l’ambiance très très calme était assez pesante. Puis je me suis surprise à ne plus oser parler à haute voix, à bouger les mains dans la voiture (une seule à la fois, je précise pour Benoit qui pourrait avoir envie de dire que je suis un danger au volant), et à ne pas allumer systématiquement la télé ou la radio en arrivant à la maison. De la même façon qu’il faut un temps d’adaptation pour entrer dans ce cours, il faut aussi un peu de temps pour en sortir. Dites franchement, ceux qui me connaissent, qui aurait cru que je pourrais me plaire dans le « monde du silence » ?


