Mon niveau B3 (les râleurs, les interfaces et les interprètes)

Comme l’été dernier, je me suis inscrite aux stages intensifs en Langue des Signes. Cette fois-ci j’ai raté le premier jour, pour cause d’entretien à la fac de Paris, pour l’école d’interprète (si ça c’est pas une bonne excuse quand même… emoticone).

Bon, j’ai pas été prise, j’ai du culot m’a-t-on dit, de me présenter alors que j’ai commencé la LSF il y a même pas 2 ans. « Mais c’est bien, il en faut », merci monsieur mais c’est surtout qu’il n’y a pas énormément de choix pour les formations d’interprètes, donc j’ai tenté le coup. « Vous avez un niveau de français excellent, très correct », bon c’est cool la moitié du chemin est faite alors… Je me suis réjouis de ce qu’on m’a dit, un « non » teinté d’encouragements c’est quand même mieux qu’un « Que faites-vous là ? Changez de métier! ». Il va falloir que je les exploite ces « réelles compétences »…

J’arrive donc le mardi, avec Janick qui avait raté le premier jour pour les mêmes raisons que moi (non on fait pas exprès c’est le hasard si on était convoquées le même jour je le jure^^). C’est avec plaisir qu’on retrouve des élèves des stages de l’an dernier, en plus de faire la connaissance de quelques autres… En fait ils ont fait les stages durant l’année pendant que nous on reprenait les cours hebdomadaires. Sauf que nous on était maximum 7 dans nos groupes, et eux environ deux fois plus… Résultat, on avait rien raté le lundi puisqu’ils ont fait des trucs qu’on avait déjà fait. Bon ça tombe très bien, parce que la BD sur l’aigle et les oiseaux, j’avais pas trop envie de la retraduire en LSF. Nous on a eu droit à la fin, c’est à dire la meilleure partie, la correction en vidéo de Lilian, toujours aussi drôle, et effrayante (mais oui un jour j’arriverai à faire ça mais oui…). « Et c’est lui qui va nous évaluer à la fin du B4… ? » disaient quelques voix peu rassurées. Euh bon j’avoue ça me rassurait pas trop non plus, mais en fait ça sera pas lui visiblement. Dommage quand même, l’interprète qui nous a évalué l’an dernier utilisait un peu trop la parole je trouve, au moins avec lui on était sûrs que l’évaluation aurait été 100% LSF. 

Ce niveau-là était plus axé sur l’expression. Au programme, traduction d’un article de journal, et expression libre mais avec une petite condition, pour moi la condition c’est que mon histoire soit drôle. Je n’ai pas eu le temps de la raconter, c’est prévu au programme du B4, mais j’avoue que ce n’est pas facile. Déjà moi les histoires drôles je m’en rappelle jamais, alors en Langue des Signes… Il faut que ça soit visuel, donc voilà si vous connaissez des bonnes blagues je suis preneuse emoticone

On a aussi eu la description de certains pays, notamment le Canada, qui nous a donné des envies de crêpes au sirop d’érable, et la Norvège, qui nous a fait rêver d’aurores boréales majestueuses, sans oublier le Costa Rica et ses forêts primaires gigantesques. C’est un exercice qu’on avait fait dans notre groupe de B1, et ça a toujours cet effet-là, de nous donner envie de partir dans le pays, depuis que j’ai décrit l’Irlande et sa culture j’ai encore plus envie d’y aller…

 petite fille allumettes

De la compréhension aussi, avec la vidéo de « La petite fille aux allumettes » en Langue des Signes. Il n’y en avait pas un qui n’était pas immobile et silencieux, d’abord parce qu’il nous fallait rester concentrés, mais aussi parce que la tristesse de cette histoire semblait transparaitre encore plus, contée avec les gestes et les expressions du visage de la narratrice, qui incarnait tous les personnages tour à tour, comme au théâtre… « Je crois que je vais pleurer », dis-je à Janick qui me répond par un hochement de tête approbateur. Bon c’est vrai qu’on a la larme facile mais quand même…

Quelques filles on fait l’exercice d’expression libre en nous racontant leur histoire, celle étonnamment colorée d’Hector Incolore, qui se devait d’être irréelle, c’est réussi, merci Suzy. Mais ma préférée c’est celle qui était triste, enfin c’était ce qui était prévu. L’histoire du garçon le plus malchanceux du monde nous a fait pleurer… de rire. Non mais c’est normal, on demande pas à Marie-Anne de raconter une histoire triste, elle est trop rigolote ça marchera jamais  emoticone Pour faire court c’est l’histoire de Poutrelle et de son chien Paf (je vous laisse deviner ce qui arrive au chien) qui subit tout un tas de malheurs, un peu d’humour noir en somme, ça fait pas de mal.

Pour finir le stage, une interface de communication est venue nous parler de la différence entre les métiers d’interprète et d’interface. L’interprète n’intervient pas autrement qu’en tant qu’outil de communication, il doit être habillé en noir et rester totalement neutre pendant l’échange. Ok, donc mon futur boulot va consister à me rendre invisible… bon en fait pas vraiment, d’abord parce que c’est physiquement impossible, mais aussi parce que tout en étant le plus discret possible, l’interprète assure un rôle très important. Le côté un peu « robot traducteur » peut en rebuter certains, j’avoue que ce n’est pas ce que je préfère non plus, mais quand on voit tout ce que doivent gérer les interfaces… Ils accompagnent la personne sourde tout au long de la réalisation de son projet, s’occupent de la mettre en relation avec les bonnes personnes pour que ce même projet aboutisse, et à côté de ça on leur dit qu’il ne faut pas être trop émotif ni trop s’impliquer… De plus, vu le peu d’interprètes en France, on fait souvent appel aux interfaces pour combler un manque, faire un travail pour lequel ils ne sont pas formés. L’interprétation simultanée ça ne s’improvise pas, tout comme le fait d’accompagner la réalisation d’un projet nécessite de savoir comment s’y prendre. Ce n’est pas pour rien qu’il existe deux professions distinctes, l’un ne devrait pas faire le travail de l’autre. On sentait dans le discours de cette jeune interface qu’elle vivait mal cette condition d’interprète « au rabais » alors que même s’ils travaillent dans le même domaine, interface et interprète ont deux fonctions différentes.

 interprète LSQ

Une des élèves compatissait à sa situation: « Ça doit être dur à vivre pour vous, de voir que vous vous impliquez dans votre travail, mais que vous êtes beaucoup moins bien payée que des égoïstes qui pensent qu’au fric ? ». Les quatre futures interprètes de la classe se sont immédiatement raidies sur leur chaise, une vision interpellant Vincent qui  suivaient des yeux la discussion. Comme à son habitude, il a tempéré, en disant que chaque personne sourde avait des besoins différents, certains vont préférer un interface qui s’implique plus avec eux et d’autres, comme lui, vont vouloir un interprète beaucoup plus neutre qui fait juste son boulot de traducteur. Le débat aurait pu continuer longtemps mais l’heure était venue de faire le bilan de la semaine et de distribuer l’habituel questionnaire de satisfaction.

L’ambiance générale du groupe était bonne comme d’habitude, on a eu quelques petits délires entre nous, notamment le « Ah c’est pour ça! » qui est un signe qu’on aime bien, enfin surtout une de nous qui ne se gênait pas pour le placer dès qu’elle pouvait, et le prof qui s’amusait à la charrier avec ça. Je n’en oublierai pas pour autant certains désagréments, ou comportements désagréables. Les « Ça veut dire quoi ça? » qui fusaient au moindre signe inconnu, alors que théoriquement on n’a pas le droit de parler pendant le cours. On s’en fiche de savoir là-maintenant-tout de suite ce que ça veut dire, la plupart du temps, le reste de la phrase suffit à nous faire comprendre le sens de ce nouveau signe… Et un tas d’autres questions et réflexions qui, les ¾ du temps, ne servaient à rien, sinon à parasiter l’ambiance sonore de la salle emoticone Ah comme il doit faire bon être sourd par moments!

« Non mais le signe pour saison moi je l’ai pas appris comme ça!… Je suis pas d’accord, qu’ils se décident pour un seul signe comme ça c’est clair! »… Mais bien sûr, et toi vas-donc dire à ceux qui parlent français de choisir un seul mot pour dire « chaussure » ou « voiture », et de désigner un seul terme pour exprimer la joie ou la déception. C’est une langue comme une autre, elle a des variétés, c’est à nous de nous y adapter. Oui il y a parfois trois signes différents pour dire la même chose, ce n’est pas toujours facile à assimiler je suis d’accord, mais n’empêche que l’énergie que passent certains à râler serait mieux employée si elle était utilisée au profit de la mémorisation du signaire…! Et puis belle initiative d’aller presque engueuler Vincent à cause d’un problème de vocabulaire, oui il l’enseigne, mais c’est pas lui qui l’a inventé la langue! Tout ça pour qu’il réponde « C’est une langue, c’est difficile, mais il faut t’adapter », parce que c’est ce qu’il nous dit depuis le début, mais apparemment certains ont encore du mal avec ça… L’apprentissage d’une langue c’est du travail et de la persévérance, on porte toujours un jugement par rapport à notre propre langue et c’est normal, mais si au final tout ce qu’on trouve à en dire c’est mauvais, alors autant arrêter!

« La LSF n’a surtout pas besoin d’être rabaissée et critiquée, mais d’être défendue! », je mets entre guillemets ces paroles qui ne m’appartiennent pas mais que j’approuve (si l’auteur passe par là elle se reconnaîtra peut-être emoticone).

 


7 commentaires

  1. Benoit dit :

    Je te sens un peu remontée vis-à-vis de certains, là… Cela dit, faut bien avouer qu’on a un seul mot pour dire saison, en français, et c’est bien plus clair comme ça !

    Bref, à part ça je vais te taquiner un peu, parce que tu as peut-etre (désolé pour l’accent circonflexe, j’ai des problèmes d’ordi en ce moment) un excellent niveau en français, mais il y a une espace (insécable, au passage) avant un point d’exclamation !
    Voilà, après tout ça tu dois pas etre calmée, donc je te raconterai la blague du billet de 500? qui arrive au Paradis la prochaine fois qu’on se verra (elle est un peu longue, genre 5-6h dans son intégralité, mais elle vaut vraiment le coup, je t’assure).

  2. A-L dit :

    Pas du tout, je suis très calme :-p
    Le manque d’espace devant le point d’exclamation est voulu, parce que je préfère comme ça, et pis c’est tout! ok?!!
    Je te crois pas, ça fait des années que tu dois me la raconter ta blague, et j’attends toujours ;-)

  3. Benoit dit :

    Mouais, ça sent l’excuse préparée à l’arrache ça…
    Et pour la blague, on se voit jamais assez longtemps pour que je puisse te la raconter, et quand tu viens sur Lyon je m’en souviens plus (que je dois te la raconter, pas de la blague hein). Mais un jour je te la raconterai, promis.

  4. Caro[line] dit :

    Bonjour Anne-Laure !

    Merci pour ce compte-rendu !

    Comme j’arrive sur ton blog et que je n’y connais pas grand chose (je suis juste des cours d’initiation à la LSF dans la ville où j’habite depuis l’année dernière), je voulais te demander à quoi correspondait les niveaux B1, B2, B3, etc.

    Comme toi, cela m’énerve quand les gens interviennent à l’oral pendant un cours de LSF. Et les réflexions désobligeantes sur la LSF m’énervent aussi, je vois qu’on est sur la même longueur d’onde ! J’ai vu aussi des élèves de mon cours râler parce qu’il existe plusieurs signes pour un même mot. Et alors ? C’est une langue VIVANTE ! Et puis chaque région développe ses signes, les gens de différentes régions communiquent entre eux, les gens déménagent, etc., c’est donc normal. Et qu’est-ce que tu fais là si c’est pour poser des questions aussi idiotes ?!? Enfin tu vois ce que je veux dire. :-)

    A très bientôt !

  5. A-L dit :

    Bonjour Caro!

    De rien ça m’a fait plaisir de passer mes nerfs :-p Oui malheureusement il y en a certains qui posent trop de questions, heureusement l’ensemble de la classe est agréable, car que serait un cours de LSF sans quelques fous rire? ;-)

    Alors pour les niveaux, il y a 4 paliers: A (introductif), B (intermédiaire), C (niveau seuil), D (niveau avancé). Chacun est divisé en 4, ce qui donne en tout 16 niveaux, comprenant chacun 30h de cours. On dit que 6 niveaux suffisent (B2) pour conversation simple, mais je pense que 8 niveaux (B4) permettent de se sentir plus à l’aise. Les derniers paliers sont plutôt pour ceux qui veulent se spécialiser professionnellement, mais bien sûr tout le monde peut les faire.
    J’ajouterai aussi que les cours ne font pas tout, il faut rencontrer des gens, pour échanger et progresser plus vite. Comme avec n’importe quelle autre langue, il peut y avoir un écart entre la norme enseignée en classe, et la langue réellement pratiquée. Dans la vraie vie, les gens signent vite (surtout pour la dactylologie, faut s’accrocher!) et on peut avoir à faire à des différences de vocabulaire (d’où l’intérêt d’assimiler les variétés du signaire), mais c’est vraiment agréable quand on se rend compte qu’on arrive à tenir une vraie discussion en LSF :-)

    Voici un lien vers la plaquette de l’association où je prends mes cours, qui explique clairement les enseignements de chaque niveau: http://www.arieda.fr/IMG/pdf/1Plaquette_Accueil_09_10-2.pdf

    Bonne continuation (et bon courage pour les bavards des cours de LSF ;-) )

  6. Caro[line] dit :

    Merci pour ces renseignements !
    Et oui, comme toute langue, il faut pratiquer… Je n’en ai pas l’occasion et ne m’astreint pas assez à regarder des émissions signées. Mais bon, je continue mes cours, c’est déjà ça !
    Je vais lire le lien que tu m’as donné.

  7. Anonyme dit :

    Bonjour,

    Quelle chance de tomber sur ton blog, tu vas peut-être pouvoir m’aider…
    Je viens de découvrir le métier d’interface, du moins en quoi ça
    consiste. Sais-tu si il existe une formation particulière pour l’exercer ?
    Existe t-il un diplôme reconnu ou un certificat spécifique ?

    En te remerciant d’avance.

    Stéph.

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